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ASSOCIATION ANALYSER |
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LE MONDE 15 décembre 1989 « Pour une instance des psychanalystes » par Serge Leclaire, Jacques Sédat, Extraits publiés par Le Monde |
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Présentation par Association Analyser (p), 20100814-15 Le texte ci-dessous est
la version par extraits sélectionnés par Le Monde d’une « Adresse aux
psychanalystes » sur « neuf pages ». La présentation ici faite n’est que des extraits publiés par Le
Monde, et non du texte complet. — Le texte publié se termine en indiquant
« l’instance ordinale aurait pour vocation de soutenir non seulement
l’‹ utilité publique › de la psychanalyse, mais sa nécessité vitale
pour la société d’aujourd’hui ». Les auteurs en 1989 ne semblent pas
s’être aperçu qu’en aucun cas les psychanalystes qui sont médecins n’auraient
pu entrer dans une telle instance ordinale : il est impossible
d’appartenir à deux ordres professionnels simultanément. Par conséquent
l’« instance ordinale » en question n’aurait pu concerner que les
psychanalystes psychologues. Et éventuellement les psychanalystes ni médecins
ni psychologues. Autant dire que cela vide de tout intérêt la notion
d’instance ordinale « des » psychanalystes. — En revanche, tout le reste du texte hormis cette conclusion ordinale
est d’une actualité frappante dans le contexte de la législation du titre de
psychothérapeute, mise en application par le décret du 20 mai 2010. |
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« Utilité publique » et
« nécessité vitale » Voici les principaux extraits du texte adressé à tous les psychanalystes de France. « La psychanalyse à un tournant de son histoire. Le temps où la psychanalyse pouvait se prévaloir et bénéficier d’une relative extraterritorialité sociale et juridique s’achève. La reconnaissance de son droit de cité et de son utilité publique est équivoque. Elle ne fait que différer au temps de l’échéance européenne 93 l’incontournable nécessité pour les psychanalystes d’affirmer la singularité de leur discipline, de délimiter le champ et les modes d’efficacité de leur action, enfin d’énoncer publiquement les principes de la formation qui ouvrent à leur exercice. » À cela, les psychanalystes et eux seuls se doivent de répondre, sous peine de se voir insidieusement imposer des solutions issues de logiques hétérogènes dont le pouvoir social se satisferait mais où la psychanalyse ne se reconnaîtrait pas. » Le texte souligne que la réponse à ces questions n’est pas évidente pour deux raisons essentielles : d’abord la psychanalyse risque « de voir se dissoudre sa spécificité dans des formations, des pratiques, des finalités qui lui sont étrangères » ; ensuite elle « se trouve confrontée à l’immense mouvement de rationalisation technique et scientifique qui s’empare de tous les champs de l’activité humaine » et ce mouvement « ne laisse aucune place au projet de maintenir vivant un espace de conflit et de désir ». Ces risques ne sont pas illusoires, surtout si on les évalue à la lumière de l’évolution de la psychanalyse dans certains pays européens (RFA, Pays-Bas, Suède…) : où « Les mesures juridiques et réglementaires (…) l’ont contrainte à délaisser son contenu de vérité et à s’exiler dans le rôle d’un rouage de la gestion sociale ». « Une discipline du conflit et de la contradiction. La pratique de la psychanalyse consiste en une écoute visant à la reconnaissance des déterminations inconscientes qui régissent à son insu les choix, les conduites aussi bien que les modes de penser d’un sujet. » L’acte essentiel de cette pratique, l’interprétation, est à entendre non point comme une simple traduction des énoncés produits dans un dispositif de ‹ libre association › mais comme une opération de déliaison des éléments imaginaires, pulsionnels et langagiers, avec lesquels sont agencés les constructions fantasmatiques, les modèles pulsionnels, les formules idiomatiques qui spécifient la vie psychique d’un sujet. C’est cette opération de déliaison qui rend possible la production de nouveaux agencements imaginaires, pulsionnels autant que langagiers, et par conséquent un mode de penser différent, sans qu’aucun modèle n’ait jamais à être proposé par le thérapeute. » Cet acte interprétatif n’est praticable que dans une situation ouverte à l’invention qui se spécifie de ce que l’autre, à qui la parole est adressée, ne se laisse pas prendre à l’illusion qu’il en serait le destinataire, alors qu’il en est seulement le transitaire. Cette situation dite de transfert, pièce maîtresse du dispositif psychanalytique, engendre un lien passionnel, contrepartie du fait que toute la tension du rapport qui s’instaure reste en défaut de réponse et donc en suspens d’achèvement et de satisfaction. Le principe éthique essentiel qui s’impose d’emblée est que ce lien d’assujettissement volontaire ne doit sous aucun prétexte être délibérément utilisé à d’autres fins que l’analyse. » L’exigence radicale de ne mettre aucune limite à la parole, qui est au principe de la situation, et donc de la pratique psychanalytique, a pour corrélat l’exaltation des forces conservatrices gardiennes d’un discours ordonné, qui s’opposent nécessairement à la non-conformité d’une parole de ‹ libre association ›. Ces force conservatrices, dites de résistance, attestent dans le processus qu’un travail psychanalytique est véritablement engagé (…). » L’exercice d’une telle pratique soumet constamment celui qui la soutient à la poussée de forces profondément contradictoires : elle ne cesse de mettre en question le psychanalyste dans les ressorts les plus intimes de son être. Sa capacité d’écoute de l’autre se doit, idéalement, d’être illimitée et exige une disponibilité sans réserve en même temps qu’elle impose au psychanalyste de rester en réserve d’expression ‹ mais non de reconnaissance › de tous les mouvements qui l’animent. Plus la parole de l’autre lui est ‹ compréhensible ›, plus il doit se défier de cette familiarité pour entendre ce qu’une trompeuse connivence masque d’étrangeté (…). » « La formation du psychanalyste. Elle doit répondre à deux exigences primordiales. La première est de former le praticien à être d’abord sensible aux plus puissantes déterminations des conduites humaines, celles qui travaillent à l’insu du sujet : à savoir les racines irrationnelles qui animent les constructions logiques, la part de non-sens qui rend possible les systèmes de signification. La seconde est de former à reconnaître la nature intrinsèquement conflictuelle de la vie psychique, à soutenir le paradoxe d’analyser les termes du conflit sans prétendre le clore, de le maintenir vivant et fécond dans son ouverture, de ne jamais tenir quelque solution pour acquise en s’y retranchant. La
question de la critique » — Analyse personnelle. Le premier temps de toute formation consiste dans la mise en question par le sujet de l’ensemble de son histoire, des ressorts de sa vie psychique, de ses orientations, de ses options intellectuelles comme de ses empreintes idéologiques, d’interroger surtout les modèles qui régissent son économie libidinale et les choix de sa vie sexuelle. (…) » Aucune discipline d’introspection, d’auto-analyse, d’apprentissage ou d’études textuelles ne saurait suffire, encore moins se substituer, au cheminement aventureux dans la relation privilégiée que constitue le dispositif psychanalytique. Si un tel parcours ne saurait connaître de cesse, il advient certaines fois qu’un temps d’accomplissement se marque par la décision du sujet de tenter de s’engager lui-même dans la pratique de la psychanalyse en place et fonction du psychanalyste. Mais c’est un temps dont nul ne saurait préjuger, encore moins décider au départ. » — Contrôle. Dès lors qu’un sujet en situation de devenir psychanalyste se place lui-même en position d’écoute d’un patient, la question de la critique de son travail de praticien se pose. C’est la façon d’entendre les libres associations d’un autre dont il aura aussi à parler. Cette situation dite imparfaitement de contrôle ou de supervision constitue le deuxième temps de toute formation. Elle implique que le tiers, contrôleur ou superviseur, quels que soient sa compétence, son expérience ou son savoir, se défie, plus encore que le psychanalyste en place de ‹ thérapeute ›, d’une fonction de magistère qui, en renvoyant l’analyste débutant à une place d’élève, ne peut que l’empêcher d’exercer sa libre écoute. (…) » — Reconnaissance et habilitation. Reconnaissance et habilitation n’en restent pas moins le troisième temps, au mieux inaugural, au pire conclusif de tout parcours de formation. C’est le moment charnière ou la réputée a-socialité des psychanalystes est elle-même mise en question. La reconnaissance d’une capacité d’invention, d’une aptitude à entendre l’inouï et à dévoiler l’insu, ne peut se soutenir que de la mise en jeu d’un rapport à l’autre, animé par des ressorts différents de ceux qui fondent ce qu’on nomme ordinairement le lien social : rapports d’alliance et établissement de pactes, processus d’agrégation, et donc de ségrégation, qui se formulent explicitement par l’énoncé d’un ‹ nous autres › connotant l’identification sociale. » Les ressorts de l’identification d’un psychanalyste ne sauraient relever de ces modalités : ce qui le caractérise étant sa capacité à entendre l’originalité singulière de l’autre, c’est donc le principe de la reconnaissance de l’autre comme différent qui doit prévaloir sur la tendance à réduire l’autre à un semblable. Pour tout psychanalyste, l’autre est d’abord à considérer comme différent, assujetti de façon singulière par son histoire à l’Histoire, stigmatisé par son assomption individuelle de la différence des sexes, déterminé par sa langue secrète et originelle, celle de toutes ses premières inventions oubliées. Le type de lien social que tend en vérité à faire prévaloir la psychanalyse se fonde donc sur le principe primordial de la reconnaissance de l’autre comme différent, participant d’une altérité aussi constituante qu’inaliénable ; ce type de lien s’oppose ainsi aux forces dominantes des systèmes de pactes et d’alliances qui constituent sous l’emblème de la fraternité pacifique /guerrière l’ordinaire du lien social. » Ainsi l’éthique de la psychanalyse se démarque absolument de l’éthique moraliste. » Ce n’est pas prétendre pour autant que l’éthique moraliste n’a pas sa nécessité ni sa légitimité. Mais l’éthique de la psychanalyse est différente et s’oppose à l’éthique moraliste. Pas plus qu’un autre, ce conflit qui oppose deux éthiques n’a à être réduit ou ‹ liquidé ›, mais à être soutenu dans sa différence et dans la reconnaissance de l’éthique moraliste. » Les psychanalystes, dans l’ensemble qu’ils constituent, ont à se donner les moyens de soutenir socialement ce conflit. (…) » Ce n’est aujourd’hui que par l’instauration d’une instance psychanalytique tierce, qui aurait pour vocation de témoigner de l’éthique de la psychanalyse et de la soutenir dans son caractère subversif, que les groupements existants pourraient chacun donner véritablement la mesure de leur talent. C’est dire, du même coup, que cette instance n’aurait à prendre en charge aucune tâche d’enseignement, encore moins de formation. Mais elle aurait pour tâche de traiter, au titre de la légitimé encore toute neuve de l’éthique de la psychanalyse, les puissantes exigences étatiques et administratives, dont la logique propre ne peut qu’entraîner la psychanalyse dans de multiples dérives qui la conduiraient vers sa fin. » L’instance ordinale aurait pour vocation de
soutenir non seulement l’‹ utilité publique › de la psychanalyse,
mais sa nécessité vitale pour la société d’aujourd’hui. (…). » |
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